lundi 23 mai 2016

Tauroa



"Alors, quoi qu’il arrive, quels que soient les obstacles à nos élans, quels que soient les lignes brisées, les bousculades et l’absence d’espace que le monde nous oppose, quel que soit l’obstacle et l’enfermement, cela n’a pas d’importance, cela à un moment n’importe pas, il y a toujours un recoin où revenir, un recoin où s’asseoir, où demeurer dans les bordures de l’essentiel de soi. Il y a toujours un recoin aussi inhospitalier soit-il, il n’est pas nécessaire qu’il nous offre l’immense, il suffit d’une marche d’escalier, il suffit d’un escalier en grillages, au-dessus de graviers, il suffit d’une seule marche, et d’un souffle de vent. ……
Nos rêves n’ont pas de date de péremption."
Isabelle Pariente-Butterlin  

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mercredi 18 mai 2016

En pause...



- Camille 2014 -

J'aime beaucoup ce texte que j'ai trouvé au hasard d'un surfe, il emmène une réflexion intéressante sur les fumeurs et un de leur passe-temps !!

"FUMER TUE DE L’ART DE FUMER COMME GESTE MÉTAPOLITIQUE."

 

En voilà une idée!

"Dans Humanités Inc.
Lorsqu’un magistrat tunisien venu trouver de l’inspiration en France pour l’élaboration d’une nouvelle constitution vous demande, surpris et angoissé, pourquoi il est partout interdit de fumer, ajoutant que ça lui fait penser aux intégristes musulmans qui voulaient interdire l’alcool,
vous vous demandez si ce n’est pas vous qui devriez aller en Tunisie pour en tirer quelques leçons.

« Fumer tue ».
Vivre aussi, et à coup sûr depuis notre naissance nous nous rapprochons toujours plus de la mort. L’étiquetage de ce genre de slogans, assorti de photos si dégueu qu’elles perdent toute crédibilité n’a d’ailleurs pas d’effet dissuasif. En témoigne la hausse du nombre de fumeurs. C’est que l’objectif de l’Etat n’est pas tant de faire en sorte que les gens ne fument plus mais plutôt de prévenir toute attaque de la part de citoyens soucieux de prévention en matière de santé publique. Dans les années 1990, la SEITA (Société nationale d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes), qui n’était pas encore privatisée, avait reçu des plaintes pour désinformation…. Judiciarisation oblige, L’Etat aura prévenu ! Ne l’emmerdez pas, et laissez-le récupérer le pognon des produits mortels. Car, en somme, il s’agit d’allier l’incitation à fumer issue de l’impératif économique, et l’incitation à ne pas fumer issue de l’impératif public. Quitte à ce que l’Etat rembourse des produits provoquant des pensées suicidaires comme le Champix issu des laboratoires Pfizer. 

Ban public
Fumer s’inscrivait autrefois dans un rite et dans un temps de loisir, bien loin de notre société de négoce (de nec-otium, négation du loisir) où la consommation industrielle de la cigarette se fait sur le trottoir d’un bar ou à une pause dans le temps de travail. Les pouvoirs publics ne fixent pas de seuils permettant l’usage modéré de la cigarette, mais créent des zones de bannissement où le fumeur va être contraint de bannir son plaisir au profit de l’intoxication de masse. Typique de ce phénomène : les aquariums dans les boites de nuit, révélateurs des nouvelles stratégies de pouvoir qui consistent, non pas à réprimer frontalement, mais à mettre au ban. Ce n’est plus l’acte de fumer qui est combattu, c’est le fumeur lui-même qu’il faut isoler car il est malade et dangereusement contagieux.
Le ban, le traitement thérapeutique et l’arsenal juridique sont autant d’armes d’un régime néo-libéral dont le modèle social repose sur la défiance, l’infantilisation, et non sur la civilité ou la responsabilité.

Du tabac comme acte humain
Comme le rapporte Robert N. Proctor dans La guerre des nazis contre le cancer, Hitler, dans sa jeunesse, fumait presque deux paquets par jour, avant de jeter un jour ses clopes dans le Danube et de se promettre de ne plus jamais toucher au tabac. Il aimait ainsi à raconter qu’il n’aurait jamais pu mener à bien son projet pour l’Allemagne s’il ne s’était arrêté de fumer, ce qui peut nous faire douter de la dimension humaniste de l’hygiénisme. Fumer est une pratique intimement liée à la condition humaine, ce qui explique par ailleurs son adoption universelle. Comme l’écrit Guillaume Pigeard de Gurbert, dans son beau livre Fumer tue. Peut-on risquer sa vie ? : « De même que boire de l’alcool c’est détourner ou sublimer la nécessité vitale de boire, fumer c’est transcender la fonction respiratoire en avalant autre chose que de l’air pur. Respirer est une fonction biologique, fumer est une pratique humaine. » On se souvient aussi du jardinier dans Le mariage de Figaro répliquant à la comtesse lui reprochant son penchant pour la picole : « Boire sans soif et faire l’amour en tous temps, Madame, il n’y a que ça qui nous distingue des autres bêtes. »
Mais alors pourquoi une telle chasse aux sorcières ? Pourquoi cette haine du fumeur ? Lorsque le tabac a été importé d’Amérique du sud en Europe, on y voyait déjà un produit du diable, comme s’il contenait une dimension métaphysique susceptible de faire concurrence à la religion établie. C’est ainsi que le pape Urbain VII édicta une bulle en 1590 menaçant d’excommunication les chrétiens fumant dans les lieux saints (1624 prêtres en firent les frais) et que Amurat IV, sultan ottoman du XVIIème siècle, fit carrément condamner à mort les fumeurs au nom du Coran.
Cette dimension métaphysique est sans doute liée au rapport à un au-delà qui rejoint ce que nous pouvions dire quant à la condition humaine. L’homme a conscience de sa finitude et la transcende grâce à la cigarette dont la fumée s’élève vers les cieux. Non seulement, le fumeur a conscience qu’il flirte avec le danger, mais en plus il l’assume et revendique le droit de se foutre de la mort, dès lors que sa proximité lui permet de savourer pleinement la vie. 

Occupy tes mains
A l’heure du café sans caféine et de la guerre sans mort, le fumeur constitue d’ailleurs peut-être la première figure d’une résistance à un biopouvoir qui entend règlementer sa vie en échange d’une sécurité mortifère.
C’est peut-être Antonin Artaud qui fut le premier à se lever contre une telle politique : à un député qui était l’auteur d’une loi en 1916 interdisant les stupéfiants, il envoyait une lettre commençant poliment par ces quelques mots : « Monsieur le législateur, tu es un con. » Et dans L’Ombilic des limbes (1925) d’enfoncer le clou : « Les toxicomanes malades ont sur la société un droit imprescriptible, qui est celui qu’on leur foute la paix. »"

 Par Professeur du dimanche dans Apache Magazine.

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